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Constatations, réflexions, étonnement au jour le jour, sur un chemin de vie. Mots d'humeur en rapport à la citation, "Le véritable voyage n'est pas d'aller vers d'autres paysages, mais d'avoir d'autres yeux". Coïncidences, hasards,éclairs de lucidité, destin.

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Volubilité.


Ma situation précaire m'y poussait. L'émotion puissante d'insécurité me donnait les ailes de la fuite pour sans doute m'éloigner de la blessure qui venait de m'être faite. Ma branche de travail était coupée, définitivement et mon temps brusquement entrait dans un segment dont l'issue pouvait, vu mon âge, et les habitudes de la société, être le chômage et son cortège de limites, d'inconfort et d'insécurité. Les idées bouillonnaient dans un ballet impossible à maîtriser, j'allais, il fallait. Aux plans les plus fous succédaient des projets. Tout tourbillonnait et me faisait vivre à 100 à l'heure au point d'imaginer que j'allais à bout de souffle y passer, passer l'arme à gauche.

Non, je ne me laisserais pas faire, j'avais des projets, j'aurais des projets, je ferais un livre, je ferais une société, un site Internet. Mon avenir se pavait de projets les plus fous, les plus grands, les plus nobles. L'angoisse me poussait, me projetait, me gonflait.

Fallait-il lancer mon projet de sise, déjà dans ma tête depuis des mois, non dans sa forme actuelle mais dans une forme qui se précisait bien plus maintenant que mes neurones avaient été sérieusement secoués.

Fallait-il entrer dans cette utopie de changer le monde et de faire comprendre à chacun que son pouvoir sur les choses est quotidien et que chacun est acteur dans chaque décision chaque jour. La chose nécessaire et suffisante est qu'il fallait faire partie d'une coopérative, d'un mouvement pour que cela devienne une lame de fond. Mais face à l'individualisme forcené régnant actuellement la chose était -elle possible, n'était-elle pas comme toutes les révolutions, une utopie de plus. On allait voir,  il  fallait réfléchir. Que faire de la proposition de mon ami, d'aborder l'économie sociale. Pourquoi pas puisque rejeter par l'économie capitaliste.

L'énergie était sans doute présente à l'heure de l'angoisse mais s'enracinerait-elle ? Ou était elle cette source qu'ont trouvée ceux qui tracent leurs projets, pas à pas brique par brique dans la jungle de la vie.

Le temps pressait, il fallait à présent retrouver ce que j'étais vraiment et repartir pour exploiter les entretiens chez le consultant d' Outplacement où passer en revue ma vie professionnelle, projets après projets pour en dégager les points forts, les réalisations qui avaient fait ma force et ma fierté au cours de mon temps de travail. La vague d'émotion tournait, montait, entrait dans le ressentiment, dans les flashs d'agressivité, dans les colères qu'il m'avait fallu étouffer pour ne pas entrer en conflit avec celui qui me servait de chef et qui prenait plaisir à m'humilier.

Les énergies négatives se promenaient en moi, comme les voitures d'un autoskoter et venaient tour à tour me cogner, chargées chacune de faits précis que j'avais à lui reprocher, à me reprocher. C'était un fait particulier qui revenait en mémoire lors d'une réunion où il voulait me faire traverser les bureaux paysagers, un plat de reste de repas à la main pour alimenter son secrétariat et ou j'avais oser lui dire "Non".

C'étaient les nombreuses fois, où il voulait avoir raison sur mes propositions, non sur le fond mais sur la forme et ou il discutait sans fin sur le texte français mal torché, obscur difficile à comprendre selon lui, alors que le même texte traduit en néerlandais trouvait grâce a ses yeux. C'était, vu son absence planifiée, son coup de fil pour exiger en début de réunion, que ce soit une autre personne que moi, qui prenne en charge la réunion, car dans ses vues, je n'en étais pas capable.

C'était cette manière de m'ignorer systématiquement, depuis quelques mois, quand il s'approchait du bureau pour parler à ma collègue puis de découvrir que finalement "Tiens-tu est encore là". Ou de s'approcher le matin pour dire bonjour, bedaine en avant, pour me toiser avec un air de supériorité et une volonté d'écrasement.

Emotions qui défilaient les unes après les autres pour rappeler à ma courte vue que oui, tout était préparé et que comme un chien battu, je m'étais seulement n'y croyant pas, placé dans un coin attendant que l'orage passe. Ou était mon énergie, ma dignité dans ces moments où était-elle cachée, où était-elle dissimulée.

Comment avais-je pu supporter sans broncher ces humiliations. Pourquoi n'avais-je pas été me plaindre chez le chef du personnel pour demander mon changement. J'avais toujours courbé l'échine comme un enfant battu. Ne croyant pas qu'ailleurs existait une île de paix, de sérénité où l'on ne se bat pas, ou l'on garde sa dignité.

Toutes ces émotions négatives se mêlaient à la joie d'avoir fait des projets, avec des collègues sympathiques, d'avoir pu projeter dans le temps des actions concrètes, d'avoir cherché à améliorer le fonctionnement des entreprises dans les projets que nous avions pu porter plus loin.

 

Temps de paroles avec des amis qui réveille et apaise à la fois. Temps de paroles qui n'apaise plus mais qui apporte de plus en plus d'énergie. Emotion qui grandit, qui gonfle comme un ballon de plus en plus grand.

Pile d'émotion qui se charge, qui se charge. Stress.

Temps d'apaisement en métro, temps d'attente, temps de voyage permettant de prendre un peu de distance vis à vis des évènements.

Retour à l'espace de paroles avec la psychologue où depuis deux ans presque les émotions se mettent non en texte mais en mots. Temps de paroles libres qui succèdent aux temps d'exaltation, temps de ressentiments. Temps de paroles pour décharger un peu peut-être cette énergie qui s'emballe dans ma tête.

Tête-à-tête dans le cadre d'une consultation. Synthèse des évènements de la journée, de la semaine, du temps qui s'est passé depuis la dernière fois. Essai de décontraction, essai de classification pour voir, pour sentir, comprendre la bousculade qui se vit dans mon cœur, dans ma tête, dans mon âme. Où est l'essentiel, l'important, l'événement.

Dans cet effondrement des certitudes, dans les cendres du passé professionnel, dans ma vie privée émergent mes textes. Points d'appui, bouées de fierté, de réalisation qui ne me sont pas enlevées. Textes confidents de mes pensées, de mes joies, de mes découvertes. Textes qui s'empilent dans la poussière de mon armoire gauche de bureau, côté cœur. Mes textes ne sont plus dans un coffre-fort à l'abri des regards, des jugements, mes textes sortent de l'ombre. Le temps est arrivé d'aller, sur la place publique pour les montrer, les faire parler.

Ma branche de travail a été sectionnée, ma branche est morte, vive ma branche à moi. Mes textes patiemment rassemblés dans les émotions de ces années, de ces chemins. Mon écriture sera, bonne ou mauvaise, mon projet, ma dignité, mon fer de lance.

Mon boisseau est levé par la tourmente qui s'agite. L'épreuve est là, elle a mis à jour, ce gisement ancien, de teneur inconnue. La lumière d'une pensée neutre et forte fera le tri.

Verbe phallique, nous voilà dans les grands mots dans les concepts de son jargon. Dans les méandres de sa théorie pourtant cela fait sens, cela se clarifie. Nous échangeons, elle et moi. Dans mon histoire que patiemment nous détricotons depuis des mois, un fil rouge apparaît, des étapes s'établissent, s'ajoutent à ce cheminement dont je ne voyais plus le sens. Un registre nouveau est là, clair, transparent. L'échange relance, précise, s'explique.

C'est un grand moment. Depuis des mois, nous étions dans le registre de la parole, de la parole qui se fait actrice, qui sort de la bouche pour féconder l'espace. Ma voix a pris sa place, lentement, fermement, elle émerge de son silence, elle prend sa place malgré la peur, malgré l'enfermement qui a été son lot pendant des années. Ma voix est dans l'espace, apporte à ceux qui écoutent mon point de vue. Ma voix risque d'être ou de ne pas être porteuse de sens. Ma voix existe.

 Dans le même registre, mon écriture, mes mots écrits, enfermé eux aussi dans le cocon de mon bureau vienne de plus en plus au jour, même si mon troisième texte à été retourné comme non-acceptable par ce journal, sa valeur intrinsèque n'en est pas affaiblie. Ce rédacteur en chef, à ce moment, me l'a renvoyé car ce texte n'était pas dans son champ d'expression. Comme un oiseau blessé, j'ai cherché mon abri, j'ai cherché mon ombre. Comme un escargot, je suis resté dans ma coquille sans y croire, sans me battre à nouveau, sans qu'un troisième texte ne soit repris et accepté.

Temps de déracinement, temps de tempête. Mes textes sont dans les mains d'une correctrice. Ils seront tapés, jour après jour, pour constituer mon recueil, ils seront donnés à gauche et à droite pour qu'on les juges. N' y a-t-il pas d'autres champs d'expressions.

 Et si mes textes étaient retournés dans l'obscurité pour une maturation plus longue, pour un chemin qui avait a être parcouru avant l'éveil..

Mon sang, ma sève, mon verbe écrit sera semence, lien, pont avec ceux qui m'entourent pour dans un échange produire plus d'humanité, de tendresse, de l'affection, de l'admiration. Rythme qui m'est donné, rythme qui est donné pour plus de convivialité.

Verbe phallique, parole qui féconde l'espace, écriture qui féconde son entourage, affirmation de soi, de moi, ouverture de ma coquille, une fois, dix fois, cent fois. Ouverture au monde. L'homme est né en moi après avoir été, enfant blessé, enfant caché. L'homme s'affirme par ma voix, par mon écriture.  

Sens de la peinture de Magritte "Le fils de l'homme". Après avoir longtemps vécu dans la crainte de mon ombre, l'homme en moi accepte d'en prendre plein la pomme, que sa pomme d'Adam fonctionne, que le risque soit pris de l'affrontement du monde, que soit pris le risque d'être, ou de n'être pas. Affirmation de soi, nouvelle étape.

Après la parole dans le sein d'un groupe de personne, voici que je m'offre le support d'être en écriture, d'être reconnu par le tissu d'amis comme un être authentique, dans sa valeur humaine et non d'être vu comme l'homme sans travail dont on fuit le regard de chien battu.

L'homme en moi se lève, j'ai retrouvé mon" S", j'ai retrouvé ma voix, je sème mes assemblages de mots, je lutte pour ma vie.

Pousse de printemps. Pousse en ce printemps d'un nouveau siècle.

 

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