Constatations, réflexions, étonnement au jour le jour, sur un chemin de vie. Mots d'humeur en rapport à la citation, "Le véritable voyage n'est pas d'aller vers d'autres paysages, mais d'avoir d'autres yeux". Coïncidences, hasards,éclairs de lucidité, destin.
Le hobby
Passion de ma part pour reconstituer notre généalogie, pour rechercher les morts et dans une recherche illusoire retrouver l’autre, mon compagnon, ma compagne d’utérus, le chaînon manquant. Battement de mon chœur lorsque j’ai ouvert le premier microfilm.aux archives de la bibliothèque réservée, comme si j’approchais un fait plein d’émotions. Arbre matriciel qui m’a obsédé pendant des mois l’année dernière et que j’ai construit pas à pas. Mandala de l’enveloppe utérine, constituée par ces cercles concentriques d’ancêtres comme une question fondamentale posée par mon dessin, posée à mon destin. Image colorée d’une matrice qui n’aboutit qu’a un seul être. Image d’un rêve ancien qui m’avait éveillé et dans lequel une femme se déplace dans le patio central d’un hôtel annulaire où j’occupe une chambre. Blocage musculaire de mon corps, lumbagos à répétition sur le plexus sacré. Arythmie cardiaque.
Découvertes qui se sont faites au fil du temps dans un chemin d’ouverture corporelle, élimination les uns après les autres des tensions causées par l’angoisse face au sort de l’autre occupant. Réflexion du micro -kiné qui parle de problèmes pendant ma portée ou même avant. Image de la soirée mémorable ou un dessin d’enfant vu à la TV dans l’émission,le bébé est une personne me secoue dans toute ma profondeur. »Un enfant en montrant une image de bébé dit « Mort le bébé », comme questionnement pour parle du bébé mort qui l’a côtoyé dans l’utérus. Liste de faits comme autant de puzzle qui tout doucement donne de la force à l’hypothèse.
Les incidents de vie
Dates de mes ruptures professionnelles qui arrivent Fin février dans cette période agitée où j’écris ces mots, deux mois environ après ma conception. Approche intellectuelle du fait non pas comme si c’était à moi que c’était arrivé mais outil permettant par l’extérieur d’arriver à comprendre, chez d’autres puis ensuite chez moi, lentement au prix d’insomnies. Zone aveugle impossible à aborder tant mon traumatisme corporel est grand. Sourire serein de tante Mariette couchée, grabataire depuis des mois, échange de regards muets. Une des personnes qui précédemment aurait pu apporter son témoignage à une question qui n’a jamais été posée dans le passé au moment où elle avait encore les facultés intellectuelles. La seule survivante qui aurait pu savoir, qui savait peut-être,messagère muette. Relation avec ma plus jeune sœur, non pas dans l’oedipe mais dans la relation gémellaire, l’absente retrouvée, fantasmée celle dont tous perçoivent que je suis extrêmement proche. Comme si un lien invisible nous liait en permanence. Deuil et prise de distance de cette relation faite après la découverte de la session de méditation, distance prise. Cravate neuve qui m’obsède pour le moment et que je viens de mettre pour la première où la deuxième fois fièrement pour aller au bureau comme signe des valseuses et de la Kundalini et qui apporte le thème de deux personnages, jumeau sur une balançoire. Tandem joyeux dans le jeu de la vie, symbole de la vie qui revient dans mes veines. Réalité projection, phantasme, univers flottant dont il est difficile de s’affranchir.Observateur et observé, paradoxe du cerveau où l’objectivité n’existe pas, paradoxe des scientifiques où déjà l’observation modifie les conditions que l’on observe. Ejaculation précoce, sexe qui ne peut pénétrer fermement cet endroit dont la morphologie remet en place les sensations perçues avant, pendant et après le passage. Sexe qui plus tard n’est plus soutenu par l’instinct de conservation de l’espèce. Evincé après avoir rempli son devoir et vaincu, aveuglé par les souvenirs corporels engrammés.
Territoire qui représente l’espace où la mort a fait son œuvre comme le rappelle le titre du tableau par association verbale.La bataille de l’Argonne. Mort de l’autre. Lorsque le disciple est prêt à comprendre, à faire la synthèse d’un ensemble d’événement à placer le puzzle, le maître arrive. Celui qui sait vient pour lui ouvrir les yeux pour lui confirmer l’état de la connaissance innée qu’il a enregistrée, pour lui autoriser la catharsis. Il était mon maître pour m’apporter cette connaissance alors que je voulais par l’anima et la théorie lui apporter ma vue des choses.
La décoration
A nouveau, une résurgence d’une phrase citée par Renaud. « Quand je visite les personnes, je regarde avec attention le sens de la décoration qui apparaît dans leur environnement.C’est très informatif. »
Et s’il venait chez moi, que découvrirait-il ? .Me voilà à présent dans le rôle d’un visiteur dans ma propre maison, usant d’un oeil neuf pour décortiquer les éléments de notre décoration.Il y avait bien à la place d’honneur, sur la cheminée, le tableau Nord -Sud, et celui de Magritte à présent dans la place moins visible, vers la sortie du living vers le garage. Y en aurait-il d’autres ! A gauche de l’horloge de famille dans le coin du living, les deux tableaux à bord noir encadrant les anciennes peintures découvertes lors de la visite du grenier de ma belle mère et qu’elle m’avait données, il y a quelques années. Puis en poursuivant dans le sens anti horlogique, les deux raquettes de trappeur, cadeau de mon frère lors de son retour du Canada dix ans plus tôt. Près de la porte d’entrée du living, au dessus de l’interrupteur, deux petits cadres avec des portraits de papillons, représentant l’âme symboliquement, reçus des stagiaires étrangers rencontrés dans ma fonction précédente. Deux pots de gingembre au dessus de ma bibliothèque et auquel je tiens particulièrement comme souvenir de mon grand-oncle l’abbé Augustin. Deux fauteuils de style de recouvert d’un tissu de couleur jaune. Deux lampes noires halogènes sur pied dans le salon.
La plante verte exotique genre yucca qui trône au milieu de salon et qui à deux têtes. Les deux petits serpents colorés que ma fille m’a offert pour mon anniversaire installé sur les deux enceintes acoustiques posées l’un sur l’autre sur deux tables gigognes. La photo de la pierre tombale d’ancêtres, taillées en deux tablettes décorées spontanément par deux fleurs blanches de liseron, une par table. Vision qui m’avait fort touché car ces deux taches blanches que je n’avais pas vue consciemment lors du cadrage et de la prise de la photos sont comme un hommage personnel à chaque membre du couple décédé. Deux bibliothèques et deux coffres. Puis deux demi bustes, un en terre glaise séchée, sculptée par mes mains lors d’un week-end trois ans plus tôt et un autre en céramique fait par une amie et acheté par mon épouse pour mon anniversaire. Nouvelle paire qui vient d’apparaître ce matin au réveil.Socle de bois où sont posés deux cailloux, formes esquissées de têtes trouvées dans la nature. Une grosse et une toute petite. La petite comme mémoire de la vie qui m’a accompagnée pendant une durée indéterminée. A l’entrée sur l’étagère portemanteau, deux chandeliers de cuivre rouge. Avalanche troublante d’objets doubles. Nous serions nous mariés sur base de ce deuil de l’autre qui a été notre jumeau. Titre troublant aussi de la peinture acrylique que m’a offerte mon frère, il y a environ deux ans et qu’il a intitulée « Vierges dans la nuit ». Figures féminines qui essayent de s’exprimer à travers l’inconscient familial et que je considère aussi comme faisant partie des indices qui cerne la mise en symbole de cette expérience fondamentale qui m’a influencée.
Souper entre amis.
Etrange soirée une semaine plus tard après cette forte prise de conscience avec Renaud. D’abord, le cadre protégeant la copie du tableau de Magritte exceptionnellement éclairé, attira l’intérêt d’un ami et une discussion s’engagea sur le thème présenté par l’oeuvre. Une pierre flottant à coté d’un nuage sur ciel bleu avec entre eux, au-dessus comme une virgule : la lune. Une amie qui arrive nous rejoint et s’intéresse au débat. Avec réticence mais poussé à l’expression de ce qu’il représente pour moi un fois de plus, je raconte la sensation forte que ce tableau a suscité en moi jadis, soit l’impression de vivre dans le ventre, l’effet de démarrage d’un ascenseur rapide. « Est-ce que tu n’aurais pas eu un jumeau mort ? » dit-elle. « La force de l’émotion qui t’agite pourrait donner sens à cette hypothèse ». En tressaillant de surprise, je lui répondis sans confirmer explicitement. « Tiens c’est curieux, ce matin, je viens d’écrire 4 pages à ce sujet ! » (La mise au net de la conversation avec Renaud). Puis elle poursuivi l’idée en exprimant que le nuage était plus tôt de l’inaccompli, une sorte de buée par rapport au rocher qui se présentait fermement dans sa consistance. Deuxième expression de cette hypothèse de jumeaux, dont l’un serait disparu par une personne différente, en l’espace d’une semaine. Deuxième mise en exergue par une femme cette fois. Etonnement. Comme une confirmation nécessaire et suffisante venant d’une autre source, totalement indépendante de la première et par une approche différente. Apéritif, nous sommes tous assis en bord de sièges, le cercle est très étroit comme il ne l’a jamais été. Est-ce cette conversation qui nous rapproche de cette manière.Solidaire face à cette plongée profonde qui vient de se vivre par rapport au tableau et à mon vécu. Nous nous serrons, comme le feraient les pingouins sur la banquise pour nous rassurer face à une incursion dans l’inconscient collectif. Aspect caché de la réalité profonde de chacun qui fait que nous sommes réunis ce soir. C’est vraiment curieux, pour que le cercle soit plus fermé encore, je rapproche le divan où nous étions assis à deux, d’un mètre, pour renforcer la cohésion qui vient d’apparaître. A table, deux amies apparemment proche de ma femme, sont à mes cotés, ce que je n’ai pas souhaité ni leur présence d ‘ailleurs car il me semblait plus riche d’aller vers des personnes plus sensibles. Concession faite a mon épouse pour son groupe de tennis, pour l’accueil qu’elle souhaitait faire. De mon coté, j’avais laisser faire et accueilli sans jugement. Les évènements me confirmaient le bien fondé de mon acceptation à leur présence.
Le tableau
Question récurrente à propos du nom du tableau, une nouvelle fois, j’interroge le moteur de recherche sur l’Internet et retrouve le sens d’Argonne, un lieu sur le front de la guerre 14-18. C’est donc un combat, une bataille, une lutte qui se termine par un vainqueur. Alors qu’avant, je n’avais pu aller plus loin dans le lien symbolique entre le titre et l’image, le sens global de l’image et du titre devient limpide et cohérent avec cette idée de mort du jumeau. Lecture possible à ce niveau en tous cas, mais sans certitude aucune comme le faisait remarquer lui-même Magritte à propos d’hypothèse sur son œuvre. « Cela est peut-être juste mais le mystère demeure ! » L’idée de la mort était donc inclue fortement dans le titre de la peinture selon ce point de vue aussi ma première hypothèse, celle du yin et du yang et de la bataille entre l’avènement d’un yang, fauché par le matriarcat devenaient plus ou moins caduque. Lundi midi, avec Renaud à la cantine nous poursuivons la conversation sur le thème des jumeaux, à demi mots vu la présence de collègues, je lui annonce qu’une amie m’a apporté la même notion que lui à la vue du poster de mon peintre préféré.
« Magritte devait appartenir à la classe de ceux qui ont vécu cette gémellité endeuillée » me dit-il . Indice supplémentaire de cette quête, les fans du peintre seraient-ils de ce clan où nous étions déjà deux. Ouverture et invitation à relire son œuvre. « Sais-tu que le premier argent que j’ai gagné dans ma jeunesse a été pour acheter les œuvres complètes de Magritte. » Amusant, interpellant. Symboles qui parsèment une vie, symboles à entendre et qui peuvent soigner. Pour tester cette idée, je montrais à une collègue de bureau le catalogue de l’exposition rétrospective des œuvres de Magritte à Bruxelles, émis à l’occasion du centenaire de sa naissance. Depuis quelques mois, comme j’avais pas mal d’affinité avec elle, j’imaginais que ces peintures pouvaient donner un éclairage sur cette sympathie.
Elle choisit quatre peintures dans celle du catalogue notamment, l’image « Les idées claires », dont le thème de la pierre et du nuage sont revisités dans leur situation par rapport au tableau qu’on pourrait appelé sœur ou frère c’est selon « La bataille de l’Argonne ». Nous étions trois dans le clan sans doute mais elle ne le savait pas, sa réflexion et son trajet n’avaient pas été jusque là. Le temps existait-il, j’étais à la fois dans le présent mais envahi de faits du passé proche lointain, de mon histoire d’adulte, d’adolescent, d’enfant, plus de 60 ans d’émotions s’agitaient dans mes cellules. Mes conjugaisons se perdaient, j’étais à la fois dans le présent sous l’émotion, dans le passé par le souvenir. Ma ligne de temps était bouleversée, je ressentais fortement dans mes cellules des vibrations particulièrement au niveau des vertèbres sacrées. Qu’elles étaient les autres personnes qui étaient passées dans ma vie.Y avait-il un lien de dualité ?