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Constatations, réflexions, étonnement au jour le jour, sur un chemin de vie. Mots d'humeur en rapport à la citation, "Le véritable voyage n'est pas d'aller vers d'autres paysages, mais d'avoir d'autres yeux". Coïncidences, hasards,éclairs de lucidité, destin.

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CDD.

 

"Suite à un incident sur la voie, le train de 8h45 sera dévié par Leuven". Alors là pas de chance. Mon premier rendez-vous pour une offre d'emploi, allait être manqué à cause d'un détournement. Cela n'était plus arrivé en cinq ans de voyage régulier sur la ligne vers Bruxelles et il fallait que cela tombe le jour où j'allais me présenter pour un contrat de travail. Manque de pot.

Quatre mois d'inactivité forcée m'avait déstructuré. Les jours se suivaient sans porter de noms, ils étaient tous pareils, la semaine d'activité n'était plus suivie par le week-end. Toute la semaine était le week-end. Le temps s'effilochait, je perdais la notion du métro-boulot-dodo tant décriée dans les magazines et les journaux alors qu'essentiellement vitale, pour faire un homme, pour faire une vie.

Le temps semblait interminable, le train musardait, freinait pour je ne sais quelle raison alors qu'il y avait urgence. Fallait-il me faire une raison. pensez que ce n'était pas mon jour de chance que j'aurais du rester au lit et refuser la proposition de contrat à durée déterminée qui m'était proposé par le service des relations humaines  d'une compagnie en pleine croissance.

Fallait-il laisser aller ce poste de travail, ne répondant pas à mes objectifs d'emploi, faire la fine bouche et me préparer à l'emploi futur qui ne manquerait pas de m'être proposer, demain, après-demain, plus tard.

Toutes les réponses à mes offres étaient négatives, rien de concret, rien de positif et aujourd'hui ce détournement vers une gare d'arrivée à l'opposé de la ville et de mon objectif. Les minutes s'écoulaient, le train devenait poussif, s'arrêtait de plus en plus fréquemment à l'approche de la ville. Y serais-je à temps que pour prendre un taxi et récupérer le temps perdu.

En cherchant un emplacement de taxi sur l'esplanade, je trébuchais contre une borne métallique basse, frappant mon tibia fortement, à mi-hauteur. La peau arrachée laissait percer une petite tache de sang sur la jambe droite de mon pantalon beige. Ah vraiment ce n'était pas le jour de gloire. Est-ce que cela avait un sens. L'extérieur ne semblait pas approuver ma démarche, les signes étaient négatifs.

Rationnellement, j'allais à mon rendez-vous. Irrationnellement celui-ci m'échappait, il y avait trop de signe contraire pour annuler ma démarche. Etait-ce un acte manqué, une interrogation fondamentale qui m'était posée sur le sens de mon projet. Fallait-il prendre du recul, ne pas accepter. Trois mois, c'était  court . Est-ce que cela influencerait ma vie. Ne fallait-il pas mieux structurer mon temps, reprendre une activité pour être plus fort, pour tenir, pour réussir.

Le doute m'assaillait. Etait-ce mon destin de prendre cette décision, les signes étaient contraires. Qu'est ce que tu veux! N'est-ce pas l'essentiel, un travail ! Le voulais-je vraiment ? Ma fille avait contribué à sa manière à ce rendez-vous car c'était dans l'entreprise où elle faisait son stage que je me rendais. En présentant mon CV, en créant l'événement, le rendez-vous, elle voulait contribuer au sauvetage et au moral de son père. M'était-il possible de la décevoir, de ne pas accepter ce contrat qu'elle m'envoyait. Pour elle n'était-ce pas une démarche fondatrice, le placement de son père, pour sa fierté, pour sa carrière professionnelle dans son secteur d'activité.

Après vingt minutes de retard, je me présentais à l'entretien. Mon correspondant avait patienté croyant que j'avais déposé dans la boite vocale de son GSM un message et comme son appareil était à son domicile, il pensait être en retard d'une information et patientait sereinement. Enfin, il n'y avait pas que des signes négatifs.

Le rendez-vous n'était pas manqué, l'entretien pouvait commencer. Il fût bref, envolé. La personne que je rencontrais et qui devait m'engager connaissait l'état d'esprit des chercheurs d'emploi. Elle avait fait partie l'année précédente de l'équipe de consultants du bureau d'outplacement où je travaillais à une recherche d'emploi.

Un regard différent se posait déjà sur moi. Une affinité supplémentaire se nouait et me plaçait en bonne position pour reprendre à la volée, provisoirement, la tâche d'un de ses collaborateurs qui devait partir en fin de mois. N'était-ce pas aussi des indices à mettre en balance avec ce détournement de train, ce retard.

Le sens du hasard était peut-être que cette période de trois mois n'était qu'un détour avant d'avoir enfin un contrat déterminé. Mon choix était fait. Le surlendemain, je me présenterais pour la signature du contrat. Le vendredi suivant l'entreprise m'accueillait, m'ouvrait les portes, me rendait une place dans la société.

Le contrat proposait un horaire complet et non un horaire à temps partiel comme je le souhaitais. Déception, je n'avais pas été entendu, je n'avais pas droit à ma journée de rencontre avec l'outplacement. De fil en aiguille, à gauche, à droite, j'esquissais une solution, prendre une demi-journée de congé sans solde pour régler mes rendez-vous, mes contacts, ma recherche d'un boulot définitif.

Le bureau était une ruche bourdonnante, il y régnait une activité étonnante fondamentalement différente de l'ambiance feutrée et paisible de mon ancienne activité. J'étais à nouveau en selle.

 

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