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Constatations, réflexions, étonnement au jour le jour, sur un chemin de vie. Mots d'humeur en rapport à la citation, "Le véritable voyage n'est pas d'aller vers d'autres paysages, mais d'avoir d'autres yeux". Coïncidences, hasards,éclairs de lucidité, destin.

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Regards.

Plusieurs fois déjà, son regard m’avait évité, seul l’horizon derrière moi semblait exister à ses yeux. La poignée de main était pourtant ferme, dynamique mais son regard n’était pas là.

Cette absence me touchait de plus en plus, me questionnait, m’interpellait.

Qu’y avait-t-il de si dangereux dans ce moment pourtant unique qui ouvre le premier contact. Etait-ce lui. Etait-ce moi. Pourquoi n’y avait-il pas conjonction.

Qu’est ce que le regard signifiait dans le quotidien, dans mon quotidien, dans son quotidien. Pendant le week-end à Lille, ce thème du regard avait occupé une place fondamentale, à chaque fois que l’on se mettait en avant, pour être acteur, un regard personnel était échangé avec chaque participant, comme pour se brancher, comme pour ouvrir une parenthèse, un lien avec chacun, avec tous.

Cette entrée en matière, cet exercice quotidien avait ouvert un nouveau champ d’expérience, ou plus tôt l’avait balisé car le registre de ma mémoire se souvenait d’un regard d’évitement, d’un regard particulier d’un non regard qui vous supprime de l’existence et à cet exercice de classement l’oncle E prenait la première place.

Depuis quelque temps pourtant un autre homme s’était joint à lui, pour exprimer lui , non pas par un regard d’assassin mais un regard d’évitement, un regard de peur peut-être , d’hésitation face à la confrontation franche et joyeuse de l’être vivant qui est en face. Comme il touchait de près la famille, il était devenu le point de référence, la personne à tester. Son regard changeait, la rencontre n’était pas nette, pas franche, le contact pouvait avoir lieu, faire tilt à l’occasion. Mon attention, l’analyse devait se poursuivre, s’étoffer par l’exercice.

Depuis Lille, ma manière de regarder avait changé, non seulement le regard des autres prenait son sens, mais mon regard aussi s’était remis en question. Dans l’échange, nous étions deux, qui prenait le leadership, l’autre ou moi. L’enjeu était de taille, qui faisait quoi.

Au baiser de paix, à l’église, à la poignée de main qui se donne aux alentours, cinq à six regards successifs pouvaient être donné parallèlement aux poignées de main. D’une qualité totalement différente, de l’évitement, à l’étincelle. Tout est possible, tout la gamme se déploie. Certains regardent, d’autres évitent, en sont-ils conscients ! C’est tellement rapide, c’est dans la forme, pas dans le fond.

Le monde visuel possède sa nuit, son jour. Sensation étrange, dérangeante de ces regards successifs, furtifs, francs, une fois reconnaissance, une fois évitement, ignorance. Champ d’exploration, d’expérience, de déception. A la messe, le mois dernier, un questionnement profond m’est lancé. Quel regard as-tu pour ta femme. La regardes-tu dans les yeux, la fait tu exister. Etonnement ! Question piège qui me tombe brusquement à l’esprit.

Question piège, il n’y a pas que le regard des inconnus, des voisins.Il y a toi, dans le regard que tu donnes. Que réveille-t-il, qui réveille-t-il.  Les regards se suivent, se multiplient, une question lancinante me suit à propos des rencontres que je fais.

Quel a été la qualité du regard, la qualité de la rencontre. Yeux bleu profond de Nathalie, fenêtre grande ouverte et adieu joyeux, plein de la vie nouvelle qu’elle va entreprendre en tant qu’institutrice. Yeux dans les yeux avec Thierry au retour de Lille, là dans le fond de l’église et le mot de Régine qui qualifie ce regard.

Yeux marron sans vie de mon ancien collègue Michel, vide sans étincelle rempli de désespoir et de non-existence. Regard qui fait peur, qui glace ! Yeux qui défilent à la réception de mariage de ma fille et dont je ne saurais qualifier la nature tant les émotions étaient fortes. Yeux que j’évite dont je m’éloigne dans une conscience scrutatrice.  Regards qui m’assaillent. Yeux marron interrogateurs, questionneurs de Viviane autour de la phrase qui lui annonce que j’ai appris à marcher récemment.

Regards pétillants dont je n’ai pas la mémoire. Ai-je vécu l’instant qui m’était donné.

Merveille du ciel nuageux, de la foule d’amis qui se rassemble sur la pelouse à la réception. Mots épars, soucis de saluer chacun. Petits mots avec regards, sans regards. Rencontre fade ou épicée. Thème du regard, du regard de l’autre, de mon regard.

 

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